JE DOIS FAIRE QUELQUE CHOSE D’IMPORTANT DE MA VIE | Clement Frenay

Une des plus grandes sources de stress pour moi ces dernières années c’est le croyance que je dois faire quelque chose d’important de ma vie.

Après tout, je n’ai qu’une vie, du coup je suis censé la faire compter. Je suis censé en faire quelque chose d’important pour que je puisse me dire qu’elle en valait la peine, que je ne l’ai pas gâchée.

C’est cette croyance qui m’a poussé à évoluer comme je l’ai fait, à ne pas me contenter d’un job que je n’aimais pas, à ne pas me complaire dans ma dépression, à ne pas passer ma vie à jouer aux jeux vidéos, à ne pas rester planqué chez moi à regarder des séries et à éteindre les lumières et faire semblant que j’étais absent quand des amis venaient toquer chez moi.

Ouai, j’ai fait ça quelques fois.

C’est probablement grâce à cette croyance que j’ai survécu à toutes ces années de dépression, c’est probablement grâce à cette croyance que je suis devenu la personne que je suis aujourd’hui.

J’ai tellement chéri cette croyance quand j’ai compris qu’elle m’avait sauvé.

 

Il faut que je fasse avancer l’humanité

 

Bon, il faut que je fasse quelque chose d’important de ma vie, il faut que je fasse des trucs fous, il faut que je fasse avancer l’humanité.

Ok, je vais lancer une chaine Youtube sur des trucs pour être plus heureux.

Ouai mais marketingment parlant c’est pas terrible.

Bon ben je vais lancer une nouvelle chaine où je fais croire aux gens que je leur apprends à séduire alors qu’en fait je leur apprends à être plus heureux et plus authentiques, et il se trouve que dans le processus ils vont séduire plus donc ils seront doublement contents.

Bon, ça me fait chier de devoir me cacher derrière la séduction, c’est pas assez important, du coup je vais relancer une chaine de développement personnel où je parlerai que des trucs vraiment importants.

Ok, j’ai lancé ma nouvelle chaine de développement personnel, mais du coup faut vraiment que je parle de quelque chose de vraiment important.

Le Charisme, c’est assez important ? Nan pas vraiment. Merde.

Bon du coup je vais parler du bonheur et de la mort, ça c’est vraiment important.

Ouai mais bon, de toute façon y’aura que quelques centaines de personnes qui le verront, peut-être quelques milliers quand la chaine grossira, mais on est 7 milliards, du coup est-ce que c’est vraiment assez important ?

Et d’ailleurs, est-ce que c’est vraiment important d’aider les humains ? Après tout on est sans comparaison possible la plus grosse espèce d’enculés ayant foulé la terre, on peut pas s’empêcher de tout cramer, tout couper, tout tuer.

Merde.

Qu’est-ce qui est assez important du coup ?

Rien ne sera jamais « assez » important.

Du coup si j’ai besoin de faire quelque chose d’assez important pour être heureux, je suis baisé.

Je ne serais jamais heureux.

 

Suis-je plus important qu’un dauphin ?

 

Mais au final, qu’est-ce qui prouve que je suis censé faire quelque chose d’important ?

Qu’est-ce qui prouve que je suis plus censé faire quelque chose d’important qu’un castor ou un dauphin ?

Tant qu’on ne peut pas prouver que Dieu existe, on ne peut pas prouver que je ne suis pas un simple animal, et donc que je suis censé faire quelque chose de plus important que ce à quoi est occupée une fourmi ou un chat.

Une chose est sûre, si je n’ai le droit d’être heureux qu’à condition que je fasse quelque chose d’important, je ne le serai jamais.

 

Être heureux sans condition

 

Mais qu’est-ce qui se passerait si je n’étais plus obligé de remplir cette condition ?

Qu’est-ce qui se passerait si finalement je n’étais pas censé faire quelque chose d’important de ma vie ?

Si je suis pas censé faire quelque chose d’important, alors je me contenterais de faire ce que j’ai envie de faire.

Je trouverais le moyen de gagner un peu d’argent, parce que j’ai envie de m’acheter deux trois trucs, de me payer des voyages et de pouvoir payer des trucs aux gens que j’aime.

Je choisirais un moyen de gagner de l’argent qui me plait, parce que quitte à devoir travailler un peu autant que ce soit quelque chose qui m’amuse ou m’intéresse.

Et puis le jour où ce travail me ferait chier, je changerais, j’irais faire un autre truc, et s’il faut retourner faire des études pour faire le prochain truc que j’ai envie de faire je retournerais faire des études.

Et s’il faut travailler un peu pour payer ces études, je prendrais une nouvelle fois un petit job qui me plait bien, ou je changerais mon état d’esprit pour qu’un job lambda me plaise bien.

Et si à un moment donné j’ai envie de faire un truc important pour le monde, je le ferai.

Et si un jour le truc en question m’emmerde, j’arrêterai et je ferai un autre truc.

Bref, je serais libre et heureux.

Et en plus, si je décide que je commence aujourd’hui, alors je n’ai aucune raison de ne pas être heureux.

Ça me fait un peu bizarre au moment où j’écris ça, je me dis « merde, je suis heureux du coup, c’est cool… »

Je m’arrête d’écrire quelques secondes pour constater ce que ça me fait, c’est un peu bizarre et je commence à avoir les croyances limitantes qui arrivent « ouai mais ça va pas durer ».

Je me dis que je m’en fout, et que si ça dure pas je trouverai un autre truc en temps voulu.

Pour l’instant, ce soir, 20h36, je suis heureux.

J’ai envie d’écrire à ma copine que je l’aime.

J’ai envie de n’être qu’amour, c’est cool.

 

L’histoire Bouddhiste de l’homme et du radeau

 

La morale de toute cette histoire pourrait être résumée par une histoire Boudhiste que j’ai lue sur le site de Michael Neill, la voici :

Il était une fois un homme qui marchait le long d’un chemin lorsque son voyage fut interrompu par une vaste étendue d’eau. Il ne pouvait à peine voir la berge de l’autre côté, mais il savait qu’il devrait traverser pour arriver au bout de son voyage.

Il utilisa donc trois rondins de bois et un peu de corde qu’il avait trouvé au bord de l’eau, et il se construisit un radeau simple mais solide. En utilisant le radeau pour rester à la surface, il pagayait un peu et se laissait parfois dériver jusqu’à ce qu’il arrive de l’autre côté de la berge.

La question du Bouddha était la suivante : maintenant que l’homme est de retour sur la terre ferme, doit-il emmener le radeau avec lui ou le laisser derrière ?

Il y a plusieurs interprétations possibles à cette histoire mais Michael Neill conclut en disant ceci :  « les enseignements spirituels sont fait pour servir un but, nous sommes libres de les utiliser lorsqu’ils nous sont utiles et de les laisser derrière quand ils ont servit leur but. »

Ces dernières années je me suis accroché à cette croyance que je suis censé faire quelque chose d’important parce que c’est le radeau qui m’a permi de traversé l’océan de dépression que j’ai vécu.

Sauf que depuis que j’en suis sorti j’ai emmené ce radeau avec moi et j’ai continué de le porter, de telle sorte qu’aujourd’hui c’est lui qui me pèse.

Aujourd’hui j’ai décidé de laisser ce radeau derrière moi et je me sens déjà plus léger.

Qui sait, peut-être que d’ici quelques mois ou quelques années je me reconstruirai un radeau similaire parce que j’en aurai de nouveau besoin, mais en attendant j’ai décidé de marcher les épaules légères, et j’écris cet article non pas parce que je le dois, mais parce que c’est ce que j’ai envie de faire pour le moment.

 

Si tu penses qu’il vaut la peine d’être partagé, alors partage-le, je sens que ça me ferait plaisir et ça pourrait rendre d’autres personnes plus légères, et si tu décides de ne pas le partager, c’est cool aussi !

En attendant, je t’embrasse, et je te dis à bientôt !

Clément

 

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